LEONARDO DE RETOUR : FAUSSE BONNE NOUVELLE !

LEONARDO DE RETOUR : FAUSSE BONNE NOUVELLE !

23 juin 2019 7 Par Ijbine Football

Leo-PSG, épisode 3. Retour au bercail de l’un des joueurs les plus appréciés de l’histoire du club. Retour salué quasi unanimement, tant par les supporters parisiens que par la presse sportive. Retour accueilli comme un soulagement même, chose plus que compréhensible au vu des dernières saisons du club de la capitale sur la scène continentale et de ses nombreux problèmes internes. L’euphorie des premiers jours passée, l’heure est à la réflexion : le retour du brésilien est-il réellement une si bonne nouvelle pour Paris ? D’entrée de jeu : c’est tout le contraire. 

Leonardo, un directeur sportif compétent

Avant d’entamer la partie qui fâche, il convient de rappeler un fait clair et limpide : l’homme est compétent pour le poste, et il ne s’agit en aucun cas d’une remise en question de ses capacités, loin s’en faut. 

Léo, rampe de lancement du projet QSI

Preuve de sa qualité, son premier mandat en tant que directeur sportif au sein du club francilien, où il avait notamment réussi la prouesse d’arracher Thiago Silva et Ibrahimovic à l’AC Milan, en plus d’autres gros coups comme Verratti, Marquinhos, Lucas, Pastore ou encore Cavani pour ne citer qu’eux. 

Un charisme et une autorité naturels

En plus de son talent à attirer des joueurs de classe mondiale et à dénicher des pépites (jurisprudence Verratti), Léonardo, c’est aussi un homme charismatique et respecté. Le brésilien a toujours respecté le PSG, déjà en tant que joueur, et jouit de ce fait du soutien inconditionnel des supporters lui donnant de fait beaucoup de crédit et donc le respect des joueurs, tout en lui donnant un poids non négligeable auprès de la direction, poids se traduisant par une marge de manoeuvre importante. 

En d’autres termes, l’ancien numéro 7 est la personne idoine pour le poste de directeur sportif au PSG. Le problème, c’est que ce poste aurait dû être supprimé.

Thomas Tuchel, le véritable homme de la situation...

Antero Henrique remercié, Paris avait une occasion en or de prendre une vraie décision forte en supprimant purement et simplement le poste de directeur sportif et de faire de coach Tuchel un véritable manager à l’anglaise, façon Klopp, et ce pour plusieurs raisons.

Tuchel manager : la fin des querelles intestines

Antero Henrique parti, Paris avait une opportunité unique de clarifier une bonne fois pour toutes son organigramme. En donnant les clés du camion à l’allemand, plus de guerre interne au club, plus de lutte d’influence et de pouvoir entre le coach et le directeur sportif -entre autres- comme ce fut le cas entre Tuchel et Henrique ; de fait, une répartition des tâches plus claire pour une efficacité accrue. 

En d’autres termes, une structure assainie et un club qui marche à l’unisson vers un même objectif. La base, lorsque l’on aspire à s’affirmer en tant qu’institution. 

Tuchel manager : un mercato bien plus cohérent

Une évidence. Qui connait mieux les besoins de son équipe que l’entraîneur ? Il semble pourtant que le PSG ne connaisse la réponse. Les entraîneurs se succèdent, et tous se plaignent de ne pas avoir les joueurs de leurs choix. Ce ne sont pas les moyens qui manquent, pourtant. Des joueurs arrivent, mais trop souvent ceux souhaités par le directeur sportif ou NAK, rarement ceux voulus par le coach. Une ineptie, qui n’est cependant pas propre au PSG. Et puis, même les joueurs qu’il a, on l’en empêche d’en profiter… Jurisprudence Rabiot. 

Avec TT en charge du recrutement, c’est l’assurance d’un mercato réussi. L’allemand connait mieux que quiconque les manques de son équipe, et n’a d’ailleurs eu de cesse de réclamer des renforts tout au long de la deuxième partie de saison, à juste titre. C’est justement ce genre de situations, loin d’être inédites à Paris, qui ne se reproduiraient plus si Tuchel avait été nommé manager, mais qui vont de nouveau arriver avec la nomination de Leonardo. 

Tuchel manager : parce qu’il est fait pour ça

Tout simplement. Thomas Tuchel est fait pour être manager. Son passif le prouve, il ne peut tolérer des différences de points de vue avec son directeur sportif, lui qui a quitté Dortmund à la suite de tensions avec le directeur sportif des Marsupiaux Michael Zorc, et qui a passé son temps en bras de fer avec Henrique. L’allemand peut s’entendre avec un directeur sportif, seulement si ce dernier est complémentaire et qu’il partage exactement la même vision des choses… ce qui revient grosso modo à être manager. 

Il en a la carrure, d’ailleurs. TT a une autorité naturelle et du charisme, il est d’ailleurs respecté et apprécié de la part de ses joueurs, bien plus que ne l’était Emery. Plusieurs experts autoproclamés en communication et ingénierie footballistique ont mis en cause sa communication suite à l’élimination face à MU, arguant qu’il se plaignait trop, au point d’en devenir irritant ; la réalité pourtant, c’est que ses tirades et remises en cause des derniers mercatos augmentent son image d’homme qui en impose, donc son charisme, et donc son crédit auprès de son groupe. Tuchel a montré qu’il n’était pas arrivé au PSG pour subir les échecs des autres, et surtout qu’il n’a peur de personne, façon Mourinho dans ses grandes heures. 

Or, c’est exactement ce type de personnalité qu’il faut au club francilien, un coach qui respecte le club mais qui ne s’écrase pas et qui au contraire s’affirme, or en s’affirmant face à sa direction il s’est par la même occasion de but affirmé auprès de tous ses joueurs. Le but qui compte double. 

Le PSG n’avait donc pas besoin de nommer un nouveau directeur sportif et ainsi pérenniser les problèmes structurels qui sont les siens depuis belle lurette. Ils auraient dû, pour une fois, renforcer les pouvoirs de leur entraîneur, l’homme de la situation malgré le traumatisme subi en 8èmes de CL. Au lieu de ça, ils l’ont -une fois n’est pas coutume- fragilisé. Pire, ils ont déjà scellé son sort. 

 

L'arrivée de Leonardo, le début de la fin pour Tuchel

Leonardo-Tuchel, un duo qui, à première vue, en jette. Un duo qui pourrait vraiment en jeter,  d’ailleurs, si Leonardo n’était pas Leonardo et que Tuchel n’était pas Tuchel. 

La tentation Allegri, cause annoncée de la rupture entre Tuchel et Paris

En plus de probables divergences sur le mercato parisien -sujet sensible pour TT-, l’ancien milieu offensif de la Seleçao n’arrive pas seul : l’homme est attaché au football italien où il a passé le plus clair de son temps. Son premier mandat en est la preuve éclatante, tant au niveau des joueurs recrutés, que des entraîneurs, Kombouaré étant à l’époque viré en plein milieu de championnat (alors leader) pour laisser place à Don Carlo Ancelotti. Or, c’est ce qui risque fort de se reproduire : les recrues risquent pour beaucoup d’arriver en provenance de la Botte… ainsi qu’un entraîneur, en la personne d’Allegri.

 

Ce n’est un secret pour personne, Leonardo a dans un coin de sa tête l’idée de faire venir Allegri, avec qui le dialogue serait bien plus aisé, et qui a un plan de jeu correspondant à la vision du brésilien. Rien n’est dit que Leonardo se séparera prématurément de Tuchel, mais il en aura au minimum l’idée. Et ça, c’est suffisant pour sceller l’aventure de l’allemand chez le récent sextuple champion de France. 

Tuchel n’a certainement pas dû être emballé en apprenant la nomination d’un nouveau directeur sportif, lui qui aspire à plus de pouvoir. Ajoutez à cette déception la frustration accumulée toute la saison passée et le caractère volcanique du personnage. Saupoudrez le tout de la rumeur Allegri que les médias ne cesseront d’alimenter -à tort ou à raison- augmentant ainsi considérablement la pression et vous obtenez une cocotte minute prête à dégoupiller et à claquer la porte avec fracas. 

En d’autres termes, il apparaît fort probable que Tuchel soit remercié en lieu et place d’Allegri, considéré comme un top coach quand l’allemand n’est pour l’instant considéré que comme un très bon coach ; et si ce n’est pas le cas ce sera alors probablement l’ex de Dortmund qui claquera la porte de lui-même, ulcéré par le manque de considération du club à son égard et conscient de la volonté du club de le remplacer tôt ou tard par l’ex coach du Milan et de la Juve. On en est loin pour l’instant, mais ça viendra, ce n’est qu’une question de temps.

Et comme d’habitude, Paris le regrettera amèrement. 

Tuchel, c’est pas meilleur qu’Allegri, mais c’est mieux !

Les lecteurs de la première heure (merci à vous!) le savent, Ijbine Football est un bianconero depuis toujours, et IF n’a jamais été convaincu par Mister Allegri. Est-ce qu’Allegri est un top coach ? Assurément. Son travail à la Juve est à saluer. Mais aussi à nuancer. 2 finales de CL, c’est fort, mais il faut insister sur le fait que la première est aussi et surtout le résultat du travail de Conte. 

Allegri, ce sont aussi des échecs cuisants en CL. Surtout ces 2 dernières saisons, et les 2 échecs sont pour lui. Depuis sa dernière finale, la Juve s’est affaiblie, toutes proportions gardées. Illustration parfaite, son entêtement à aligner le duo Bentancur-DeSciglio à droite, 2 joueurs n’ayant rien à faire à Turin, avec toujours le même résultat : gifle 3-0 à domicile face au Real l’an passé, défaite 2-0 face à l’Atlético cette saison et de nouveau défaite en quarts face à l’Ajax, en ayant été surclassés tant à l’aller qu’au retour. Allegri, ce sont des choix étranges dans les matchs couperets. Allegri, c’est aussi une “remontada” subie avec le Milan AC en 2013 au Camp Nou, avec un cinglant 4-0 dans le pif suite à une victoire 2-0 trois semaines plus tôt à SanSiro. Question remontada, le PSG a donné. Gratuit.

Enfin, le Massimiliano n’a officié qu’en Italie, et les titres nationaux obtenus par la Vecchia Signora sont comparables à ceux obtenus par le club de la capitale ; ils ne sont pas anodins, mais ce n’est pas la prouesse du siècle. Quid de sa capacité à s’adapter dans un pays différent ? Quid de la barrière de la langue ? 

Tuchel, lui, n’a pas disputé de finale de C1 mais n’a pas eu la Juve ni un top club européen pour le moment. Sa première partie de saison est plus que réussie, avec une première place dans le groupe de la mort en CL. Son PSG s’est écroulé face à une piètre équipe de United, certes, mais s’il a sa part de responsabilité il faut rester lucide et blâmer en grande partie les joueurs. TT n’y est pour rien si Kehrer offre un cadeau à Lukaku, tout comme il n’y est pour rien lorsque Buffon offre le 2-1 au belge. Il n’y est pour rien aussi, si Mbappé glisse au moment de porter l’estocade en 2ème période. 

L’allemand n’a pas le problème de la langue, parlant à la fois anglais et un français très compréhensible, une prouesse d’ailleurs. TT est charismatique ; Allegri aussi mais moins, l’italien est plus lisse, plus corporate. TT a le respect de son groupe et a su gérer Neymar, entre autres. Son équipe adhère à ses principes de jeu. A partir de là, qu’est-ce qui justifierait de remplacer l’allemand par l’italien ? 

Hormis persévérer dans l’instabilité et vivre une énième saison à oublier. Une fois n’est pas coutume, Paris s’en mordra les doigts, comme avec Ancelotti voire L.Blanc.

 

On sait ce que l’on perd, jamais ce que l’on gagne.