Real 3-7 Atletico : score anecdotique, ou précurseur d’une saison médiocre ?

Real 3-7 Atletico : score anecdotique, ou précurseur d’une saison médiocre ?

31 juillet 2019 0 Par Ijbine Football

7-3. 7 buts à 1 à la 84ème minute, 4-0 à la 28ème, rappelant à chacun un récent Allemagne-Brésil. Une leçon de football, un blitzkrieg footballistique que fut cette première période, les matelassiers fonçant droit sur les buts de Thibault Courtois sur chaque attaque, se faisant par là même un plaisir d’humilier et d’humiliser ce dernier. D’un côté, une équipe régénérée et pleine d’envie ; de l’autre, une équipe qui n’y est plus, mentalement -et pour certains physiquement- cramée. Autopsie d’un Real en perdition. 

Un navire Réalement à la dérive

Merci, merci. Plus sérieusement, les Merengue n’y sont plus, depuis la saison passée déjà, et cette saison risque d’être au moins aussi compliquée, si ce n’est plus encore. 

Un score tout sauf anecdotique

Il convient d’emblée d’insister sur le fait que ce 7-3 en dit long, très long sur l’état du Real, et que ce n’est absolument pas le fruit d’un mauvais match, l’histoire d’un simple match amical de pré-saison ou autre excuse qui vaudrait pour bon nombre d’autres clubs, ou qui vaudrait aussi pour les madrilènes dans un contexte différent. 

Tout d’abord, Zidane a aligné une équipe compétitive et proche de l’équipe type, ce qui ne permet pas de se cacher derrière les précautions habituelles et tomber dans un excès de légèreté. Courtois, Ramos, Marcelo, Kroos Modric Isco Hazard Vinicius ont débuté, soit 8 joueurs habituels sur 11. 

 

 

Des joueurs clés manquaient tout de même, à savoir Varane Carvajal Benzema et Casemiro, stabilisateur habituel du Real de ZZ. 4 joueurs de grande importance, c’est à noter pour ne pas verser à l’inverse dans un excès de dureté et de tirer des conclusions hâtives. Ceci étant, l’Atlético n’avait de la même façon pas son équipe entière, la défense étant inédite ainsi que le flanc droit composé de la recrue phare Joao Felix et de l’excellent Kieran Trippier, une des meilleures affaires de ce mercato.

De plus, ce match n’avait d’amical que le nom, étant donné qu’il s’agissait d’El Derbi, derby madrilène toujours disputé d’un point de vue physique et émotionnel. L’expulsion de Carvajal et de Diego Costa en est d’ailleurs une énième preuve. Ce score ne peut donc s’expliquer par un manque d’envie ou par un excès de tranquillité, l’enjeu était réel, jugez plutôt :

Un score loin d’être anodin donc. Alors, comment l’expliquer, et expliquer de façon plus globale pourquoi les Merengue s’apprêtent à vivre une nouvelle saison difficile ?

Lassitude du succès

La lassitude, faucheuse de mariages. Et de clubs aussi. Adversaire très coriace, difficile à vaincre. Rien de plus normal pour une équipe que de connaître quelques saisons chastes suite à plusieurs saisons fastes. 3 Ligue des Champions de suite, rien que ça. 

Le Real n’est pas le premier club à faire face au défi de la lassitude, 2 autres ont en effet connu le même phénomène :

– d’abord le légendaire Ajax Amsterdam du début des années 70 et son football total révolutionnaire pensé par l’entraîneur Rinus Michels et appliqué par les coéquipiers de Johan Cruyff, période au cours de laquelle les Ajacides remporteront 3 C1 -Coupe des Clubs champions à l’époque- de rang de 71 à 73, avant de connaître un déclin brut et progressif de 74 jusqu’au début des années 80. 

– bien plus récemment, le Barça de Guardiola avec son tiki-taka qui aura dominé l’Europe avec notamment 2 LdC (même si celle de 2009 reste le plus grand scandale du football du XXI siècleet 2 demi-finales en 4 saisons de 2009 à 2012 avant de connaître un passage à vide de 2 ans avant de régénérer l’équipe avec le duo Suarez-Neymar avec à la clef une Champions League amplement méritée en 2015.

Idem pour les sélections nationales avec la France et son mondial 2002 loupé suite au doublé CDM98-Euro2000, ou plus récemment l’Espagne qui a eu toutes les peines du monde à se renouveler suite à son historique triplé Euro2008-CDM2010-Euro2012, étant notamment éliminée dès les poules lors du mondial brésilien puis en 8ème par l’Italie lors de l’Euro 2016 et par la Russie lors du dernier mondial.

Lorsque la lassitude frappe, le mental fatigue, s’érode. Les efforts sont plus difficilement réalisés, et de façon moins intenses lorsqu’ils le sont. Les duels sont alors de plus en plus perdus, l’équipe subit de plus en plus au fil des rencontres et les résultats sont de moins en moins bons. 

Cercle vicieux, puisque les mauvais résultats mettent un coup supplémentaire au moral, qui lorsqu’il est las, n’a plus la capacité de répondre et s’écroule comme un château de cartes. Ou comme un château de sable, patiemment construit sur la plage et détruit d’un coup par une vague… ou par un passant au QI négatif.

La lassitude du succès peut pourtant être brisée, lorsque régénération de l’effectif il y a. Et c’est précisément ce que le Real n’a toujours pas fait. Pire même, avec la nomination de Zidane un an après son départ.

Régénérer l'effectif, condition sine qua non pour entamer un nouveau cycle

La grosse erreur des Merengue la saison passée a été de ne pas apporter de sang neuf, et ce malgré le départ de Zizou à ce moment là. Erreur largement compréhensible et même normale, changer l’équipe dans les grandes lignes alors qu’elle vient de rapporter 3 Champions League de suite est impossible à faire, et si les dirigeants l’auraient fait, alors cela aurait pu briser le vestiaire, les joueurs restant percevant cela comme une véritable ingratitude à l’égard de ceux vendus. La saison passée devait donc être une saison de transition pour mieux repartir pour la saison 2019-2020. 

Or, tous les signaux affichés jusqu’ici sont inquiétants et tendent à montrer que l’équipe sera grosso modo la même que celle de la saison 2017-2018. Seuls Hazard (en net surpoids d’ailleurs) et Vinicius font leur apparition, soit 2 ailiers, sachant que Benzema sera le numéro 1 en numéro 9. La défense et le milieu sont eux inchangés : pas assez pour parler de régénération donc, il faut pour ce faire un nouveau joueur à chaque ligne.

 Kroos n’est que l’ombre de lui-même et donne l’impression d’avoir 105 ans. Modric n’est pas mauvais mais est loin de son niveau d’antan, lui qui aura 34 ans en septembre. Marcelo n’est plus aussi incisif et décisif qu’avant. Liste non exhaustive. L’an passé, seul Varane a surnagé. Navas a été éjecté au profit d’un Courtois pas meilleur pour un sou et qui a une mentalité largement moins bonne que le costaricien. Pour ne rien arranger, Asensio est déjà out pour la saison et Bale est considéré comme un paria par Zidane.

 

Paul Pogba, la bonne pioche ?

Le Real a donc un besoin urgent de recruter un milieu polyvalent, et de renommée. Et, c’est à mettre à son crédit, ZZ l’a bien compris, lui qui a fait de Pogba sa cible majeure avec Eden Hazard pour ce mercato. 

Des rires se font déjà entendre, et certains d’entre vous ont probablement recraché leurs céréales. “Pogba la solution au Real ?!” en passant par le classique “Pogba surcôté”, une chose est sûre, la Pioche ne fait pas l’unanimité chez les fans de football. Et pourtant. 

Tout d’abord, un mot sur le joueur. Pogba, c’est avant tout un milieu complet lorsqu’il évolue à son meilleur niveau : vision de jeu, excellente protection de balle, excellente frappe de balle, bon récupérateur -pas du niveau d’un Kanté mais quand même-, excellent dribbleur et créatif. Un des meilleurs jeu long de la planète aussi, capable de distiller des caviars depuis des positions reculées comme face à Tottenham la saison passée ou encore son sublime cadeau à Mandzukic face à City. Souvenirs.

Pogba a donc toutes les qualités nécessaires pour jouer au Real Madrid. Là-bas, nul doute qu’il brillerait d’avantage à United, où bon nombre d’assists ont fini à côté du but, complètement gâchées par Lukaku essentiellement. De plus, il serait entouré de biens meilleurs coéquipiers, ce qui aura pour vertu de simplifier son jeu et d’obtenir ainsi l’excellent Pogba de la Coupe du Monde 2018.

Mais plus que l’apport sur la pelouse, c’est surtout le fait d’apporter un concurrent de taille au milieu qui serait salvateur pour les Merengue. C’est l’électrochoc nécessaire pour des joueurs comme Tony Kroos par exemple qui retrouveraient leur meilleur niveau grâce au regain de motivation (et donc de mental) qu’apporterait la concurrence d’un Paul Pogba.

 Et puis, la Pioche aurait aussi la vertu d’attirer la lumière à son arrivée et de permettre ainsi au reste du groupe d’évacuer un maximum de pression accumulée au fil du temps et des mauvais résultats.  

Ceci étant, il semble maintenant peu probable que le champion du monde tricolore rejoigne le Real cette saison. Le mercato anglais ferme ses portes le 8 aôut prochain, et bien que les clubs british puissent continuer à vendre passée cette date, on voit mal Manchester United lâcher son joueur majeur sans possibilité de recruter son remplaçant. Au grand désarroi de coach Zidane. 

Le retour de Zidane, pire choix possible !

Concernant ZZ, là aussi grosse erreur, à la fois pour lui et pour le Real.

Un (très) mauvais choix pour ZZ

D’une part, l’homme aux coups de casque victorieux de 98 ne devait pas revenir aussi vite (à peine 1 an), voire ne pas revenir du tout suite à son incroyable triplé en 2 saisons et demi. L’homme au légendaire coup de boule de 2006 devait partir à la Juventus, son premier amour : c’était là le sens de l’histoire. Et il faut toujours le respecter, ce sens de l’histoire.

 Là-bas à Turin, nul doute que Zizou aurait continué sa glorieuse carrière d’entraîneur. Personne ne peut le blâmer cependant, et son choix -bien que mauvais- est louable, lui qui a le double mérite de vouloir remettre son Real au sommet et de relever de fait un challenge difficile, très difficile. 

Un (très) mauvais choix pour le Real

D’autre part, grosse erreur pour le Real. En effet, pour justement renouveler en profondeur l’équipe, il aurait avant tout fallu prendre un nouvel entraîneur réputé pour insuffler un nouveau souffle, une nouvelle dynamique. Peu importe qui, mais pas Zidane qui est justement l’entraîneur du cycle doré, cycle avec lequel il fallait définitivement rompre. 

D’ailleurs, ZZ semble sans surprises compter sur les mêmes cadres qu’à l’époque, ce qui montre plutôt bien qu’il n’est pas l’homme du renouveau. Déjà, lors de sa dernière saison, l’équipe était mentalement usée, finissant larguée en Liga et jetant ses dernières forces dans la C1. Surtout que depuis, Ronaldo n’est plus là. Et ça, ça change la donne.

Allegri, Pochettino, Conte auraient été de bien meilleurs choix. Ou Arsène Wenger.

Oolééé

La confirmation Tottenham

Le dernier match face aux Spurs lors de l’Audi Cup ne fut qu’une confirmation : défense aux abois -avec cette fois le retour de Varane-, un duo Modric-Kroos mentalement essoré, une attaque en grande difficulté. Et un score qui aurait pu, une nouvelle fois, être dramatique sans un Navas en grande forme. 

Le seul point positif pour le Real, c’est que le gardien costaricien a démontré -s’il était nécessaire- que Courtois n’a pas sa place en tant que numéro 1. Plutôt que d’en rajouter, voici un bon résumé de la rencontre :

Et vous, qu’en pensez-vous ? Ces résultats sont-ils pour vous anecdotiques ? Le Real s’apprête t-il au contraire à vivre une saison très difficile ? Ou pensez-vous que la première partie de saison sera difficile mais que le Real terminera en boulet de canon en s’offrant peut-être une nouvelle C1 ?

Pogba au Real, vous dites...

La saison du Real sera...